A Cargèse, Laurent Ziveri veut faire du Spaziu « un lieu ancré dans l’histoire du territoire, tourné vers la création d’aujourd’hui »

Rédigé le 06/04/2026
Saveria Valle

Directeur du Spaziu Culturale Natale Rochiccioli depuis un an, Laurent Ziveri souhaite inscrire Cargèse dans une circulation artistique éclectique, ouverte mais ancrée dans son territoire régional et méditerranéen. Après 5 années à la tête du théâtre de Saint Malo, il entend poursuivre la ligne de l’établissement cargésien définie dès son inauguration en y mettant sa patte afin de proposer au public des spectacles « vivants, variés, questionnant le monde sans jamais prendre le public de haut ».

Après avoir dirigé le théâtre de Saint Malo, vous êtes aux commandes du Spaziu depuis avril 2025. Quel regard portez-vous sur l’activité culturelle en milieu rural ? 
Dans un territoire rural comme le nôtre, la culture joue un rôle essentiel : elle crée du lien, nourrit la curiosité et porte une vraie dynamique collective. Un lieu culturel doit vivre toute l’année. C’est ce que nous essayons de faire au Spaziu avec une activité très diversifiée : bibliothèque, ateliers et cours d’arts plastiques, de chant, de guitare, de théâtre, stages, conférences, rencontres et cinéma émaillent les spectacles que nous proposons… Nos mots d’ordre sont le maintien du lien constant avec les habitants, le travail avec les jeunes et le soutien aux artistes, notamment insulaires afin de proposer une programmation de qualité et donner au Spaziu les moyens de ses ambitions premières : faire vivre un véritable service culturel de proximité, fidèle à cette idée simple et essentielle de la culture pour tous.
 
Au cours de cette saison 2025-2026, vous avez étoffé l’offre de spectacles de théâtre sous différentes formes, comportant très souvent une dimension sociétale. Que souhaitez-vous impulser ? 
Pour moi, un spectacle ne doit pas être seulement divertissant, il doit aussi pouvoir questionner notre société, déplacer notre regard, et nous amener à interroger ce que nous pensions acquis. C’est d’ailleurs ce que nous avons essayé de défendre cette saison avec HumainsLes Règles du savoir-vivre dans la société moderne de la compagnie Théâtre Alibi, ou encore Rave Lucid. Ce sont des spectacles différents qui proposent une vraie expérience artistique, sensible et ancrée dans notre époque. Et cette ligne va se poursuivre jusqu’en juin avec les spectacles à venir comme Ni Brel ni Barbara, qui pose la question de la création artistique tout en revisitant deux grandes figures de la chanson française, ou L’Étrangère, qui nous replonge dans l’œuvre de Camus tout en venant nous interroger, aujourd’hui, sur notre propre regard. C’est cela que je souhaite défendre au Spaziu : une programmation ouverte, variée, accessible, porteuse s’une ambition artistique, capable de faire réfléchir autant que d’émouvoir.
 
Le Spaziu culturale Natale Rochiccioli s’est imposé en moins de 10 ans comme un des lieux incontournables de création et diffusion de culture insulaire. Quelle plus-value ce volet apporte-t-il au public ? 
L’enjeu du Spaziu est là : faire en sorte que la culture insulaire ne soit pas seulement diffusée, mais accompagnée, soutenue et partagée avec le public, au plus près du territoire. Pour les habitants, cela change beaucoup de choses et leur permet de fréquenter plus qu’une salle de spectacles, un lieu vivant, où les artistes peuvent travailler, créer, rencontrer le public et transmettre leur démarche. L’accueil de compagnies en résidence, sept cette saison, va dans ce sens. Prochainement, nous accueillerons la Compagnie Partage de Minuit qui travaillera sur son spectacle « J’étais dans la maison ». La compagnie de danse Bal’Dilà, sur scène à Cargèse en mai, permet à Deborah Lombardo et Mathéa Rafini, jeunes chorégraphes insulaires de mener un travail d’ateliers avec l’école. Dans cette veine, le groupe Vitalba sera en lien avec les élèves de l’école de chant dirigée par Fabrice Massiani. Ce sont des exemples très concrets de ce que peut produire un lieu comme le nôtre : des spectacles, mais aussi des rencontres, de la transmission et une proximité entre les artistes et le territoire. C’est là que se trouve la plus-value pour le public : dans la possibilité de voir des œuvres, rencontrer les artistes qui les portent, mieux comprendre leur travail et sentir que la création peut se vivre à Cargèse, de manière simple et directe.
 

Bon nombre d’établissements culturels peinent à attirer la jeunesse en leurs murs. Pourtant, le Spaziu a su, dès sa création, tisser des liens avec les établissements scolaires de la microrégion et multiplier les divertissements culturels à destination de tous. Comptez-vous compléter ces actions et comment ?
La jeunesse est un enjeu important et la priorité du Spaziu depuis sa création. C’est d’ailleurs ce que j’ai toujours défendu dans mon parcours, avec cette conviction que l’éducation artistique et culturelle, et plus largement l’éducation populaire sont essentielles. C’est une manière très forte de penser la culture, dans ce qu’elle a de plus vivant, de plus partagé et de plus ouvert. Au Spaziu, cela se traduit de façon très concrète par le travail mené avec l’école de Cargèse ou de la microrégion, telles que Piana et Sagone et du collège de Vico. Créer du lien avec la jeunesse demande de la régularité, de la confiance, des propositions adaptées, et une vraie présence sur le terrain. L’enjeu est que le Spaziu soit pour les jeunes un lieu familier, les incitant à construire peu à peu un rapport vivant à la culture. Pour renforcer ces interactions, nous déploierons de nouveaux moyens et multiplierons les passerelles entre les spectacles, les ateliers, les rencontres et le temps scolaire. 
 
Enfin, à quelques semaines de la pause estivale, avez-vous déjà quelques indications sur la prochaine saison ? 
J’aime garder une part de secret, pour mieux surprendre… Mais ce que je peux dire, c’est que la prochaine année sera forte, et qu’on ne va pas s’ennuyer ! Nous allons nous inscrire pleinement dans les commémorations des 350 de l’arrivée des Maniotes en Corse et des 250 ans de la fondation de Cargèse, avec des conférences, des spectacles, mais aussi des créations portées par des artistes en résidence. Au-delà de ces temps forts, notre volonté est de continuer à renforcer la programmation tout au long de l’année, dans sa diversité et dans son exigence. Tout cela s’inscrit aussi dans une volonté partagée avec la nouvelle municipalité : continuer à faire grandir le Spaziu, et lui donner les moyens d’être toujours plus accueillant. La saison est encore en train de s’affiner, mais l’ambition est bien là : faire vivre un lieu ancré dans l’histoire du territoire, tourné vers la création d’aujourd’hui, et pleinement au service de tous les publics.



Savoir + : 
Programme, renseignements et réservations en ligne : www.cargese.corsica