Haute-Corse - Une carte scolaire qui attise la colère

Rédigé le 31/03/2026
Philippe Jammes

Comme on pouvait s’y attendre au vu des manifestations de ces derniers jours devant les établissements scolaires, la carte scolaire pour la Haute-Corse présentée ce mardi matin aux syndicats et parents d’élèves par l’inspection académique a suscité la réprobation.

(Photos Gérard Baldocchi)

« Nous avons eu une réponse qui ne nous satisfait pas et unanimement nous avons voté contre cette carte scolaire » déclare Fabien Mineo, responsable de la FSU pour la Haute-Corse, à la sortie de la réunion. «L’inspectrice d’académie a proposé 19 fermetures et 5 ouvertures de classes*, plus 5 ouvertures de postes spécialisés. Mais il y a des incohérences d’une école à l’autre. Des écoles qui se ressemblent comme San Giuliano et Santa Maria Poggio, au même taux d'encadrement, l’une se sauve l’autre pas. Comment les parents d’élèves peuvent-ils comprendre cette logique comptable ? Soit c'est la même chose pour tout le monde, soit il y a de l'incohérence ». Alors que les enseignants et les parents d’élèves qui s’étaient regroupés autour de lui manifestaient eux aussi leur mécontentement, le leader syndical de poursuivre : « Est-ce qu'il y a une volonté de déstabilisation ? Est-ce qu'il y a de la politique au milieu ? On se pose beaucoup de questions. On est contents sur certains points où il y a un recul de certaines décisions, mais le compte n'y est toujours pas. Jeudi prochain la nouvelle carte va être présentée au préfet et d’ici là il va falloir continuer à se battre pour faire évoluer les choses positivement ».


Très remonté aussi Pierre-Paul Paolantonacci, délégué STC Educazione. « Nous sommes très contrariés, très en colère puisque nous voyons bien que ça bloque. Pas trop par rapport à la DASEN qui essaye de trouver un terrain d'entente mais elle a les mains liées par son ministère, un ministère autiste. On parle de la Corse comme étant une région autonome, la région la plus décentralisée de France, mais force est de constater que la DASEN ou le recteur n'ont aucune marge de manœuvre. Et ça nous pose un vrai problème, parce que si on n'a pas de marge de négociation, à quoi cela sert-il de négocier une carte scolaire ? Pour nous les dés sont pipés d'avance ».
Autre sujet qui fâche : La création de 4 PAS, Pôle d’Appui à la Scolarité.
« On les récuse parce qu’on n'a pas les moyens de les créer. Ou on nous donne la dotation qui va avec, ou alors on revient sur ces créations » commente P.P Paolantonacci, « il reste une semaine, et on va faire en sorte qu’il y ait une grosse mobilisation. Il n'y a que la mobilisation qui peut faire tomber un gouvernement qui est, on peut le dire, très peu légitime »
Et Fabien Mineo de revenir aussi sur ces PAS : « Ce sont des pôles d'appui à la scolarisation qui remplacent les PIAL, Pôles Inclusifs d'Accompagnement Localisés. Dans ces dispositifs, les enseignants spécialisés ne sont pas devant les élèves, et travaillent avec l'ARS pour le bien-être des enfants qui sont en difficulté. Mais ce n'est pas notre priorité. Quand on est dans une année de vache maigre, quand le ministère saigne la Corse, voulant récupérer 11 postes d'enseignants dans le premier degré, 11 dans le second degré, les PAS ne sont pas la priorité. La priorité des priorités, c'est d'avoir des enseignants devant les élèves, dans les écoles ».

Pierre-Paul Paolantonacci et Fabien Mineo

Séance de rattrapage jeudi 9 avril en présence du préfet de la Haute-Corse et d’ici là les syndicats appellent à la mobilisation. «Etant donné la forte mobilisation qu'on a constaté ces derniers jours, vus les mécontentements, certaines décisions peuvent être remises en cause jeudi prochain. On espère évidemment sauver le maximum de postes et il faudrait qu'à un moment donné nos députés, dont certains sont présents aujourd'hui, fassent comprendre au gouvernement et au ministère que ces 11 postes à rendre, ça nous changerait la vie » conclut F. Mineo.
Présents pour soutenir les enseignants et les parents d’élèves, des membres du Parti Communiste ont déploré une politique de casse. « Derrière ces fermetures de classes annoncées, c’est l’égalité entre les élèves, la vie de nos villages et le droit de chacune et chacun à une école de proximité et de qualité qui sont remis en cause » déclare Francis Riolacci, « nous exigeons l’abandon immédiat de cette politique de casse. L’école n’est pas un coût, c’est un droit fondamental, un bien commun, un levier d’émancipation, de justice sociale et d’ascension sociale ». A cette heure, la carte scolaire se rapproche plutôt d'une carte  «scolère».



*La Carte scolaire proposée ce mardi 31 mars
Fermetures de postes: Travo, Vivario, Aleria, Santa Maria Poggio, Ville di Pietrabugno (Kalliste), Bastia (Charpak, Amadei), Calvi (Bariani et Santore), Pieracorbara (élementaire), Sorbo Occognano, 3 postes DSDGN.
Ouvertures de postes : Biguglia (Nannini), Calenzana (maternelle), Bastia (Defendini), Taglio Isolaccio, Furiani (Rustincu élementaire), 4 Pas.