Municipales en Haute-Corse : L’épreuve de vérité

Rédigé le 13/03/2026
Nicole Mari

Les élections municipales des 15 et 22 mars en Haute-Corse se présentent, au-delà des enjeux proprement locaux, comme une épreuve de vérité pour les diverses forces politiques de l’île. Un galop d’essai où chacun va compter ses points avant les prochaines échéances, sénatoriales, législatives et territoriales et tester ses alliances. Avec un duel frontal entre les Nationalistes et la droite sous couvert d’opposition plurielle dans un contexte de poussée de l’Extrême-droite. Et quelques points chauds : Bastia, Biguglia, Lisula, San Fiurenzu, Aleria, Prunelli-di-Fiumorbu et Morosaglia. Un scrutin qui pourrait réserver quelques surprises ou pas !

C’est une élection qui en cache une autre ! Le scrutin, qui s’ouvrira dimanche, dépasse largement l’enjeu communal et intercommunal et apparait comme un test pour les échéances à-venir. Ce n’est pas une surprise, l’opposition territoriale, portée par la droite, ne déguise pas son objectif final de préparer le terrain des Territoriales de 2028. Elle s’est lancée dans la bataille, non seulement dans les grandes villes, mais partout où elle peut pousser ses pions directement ou dans une stratégie d’alliances pour le moins inattendues. Après le cycle ininterrompu des victoires nationalistes depuis la prise de Bastia en 2014 qui avait laissé les oppositions groggy, les législatives anticipées de 2024 ont quelque peu changé la donne. En Haute-Corse, la désunion du camp nationaliste a fait le jeu de la droite qui a repris confiance. Les scores extraordinaires, qu’il a réalisés, ont donné des ailes au Rassemblement national. La gauche en déshérence y a retrouvé quelques couleurs. Ce scrutin est donc, pour chaque formation politique, l’occasion de mesurer ses forces et de tester ses alliances. Sur certains points chauds, comme Bastia, Biguglia, Lisula, San Fiurenzu, Aleria, Prunelli-di-Fiumorbu et Morosaglia, la bataille est rude et la campagne intense. Dans ce contexte, l’enjeu municipal parait bien subsidiaire.
 
Bastia, l’enjeu crucial
C’est surtout vrai à Bastia où la plupart des candidats semblent s’être trompés d’élection. Le débat, qui effleure à peine les problématiques locales, consiste prioritairement à tirer à boulets rouges sur le bilan de l’Exécutif territorial. A une ou deux exceptions près, il n’est question que de faire tomber le pouvoir siméoniste. L’enjeu, clairement exprimé, a motivé, de son propre aveu, la candidature du président de l’Exécutif. Gilles Simeoni n’entend pas se laisser ravir son fief bastiais qu’il a arraché de haute lutte en 2014 et qui a été le moteur incontestable de la dynamique nationaliste et de sa domination sur l’échiquier politique corse. La décision a donc été prise après de longues discussions, en accord avec le maire sortant Pierre Savelli qui figure en septième position sur la liste, et dans le cadre d’une alliance conclue entre Femu a Corsica, le Parti socialiste, partenaire depuis 2014, et les Indépendantistes de Core in Fronte. Un pari que d’aucuns jugent risqué pour le président de l’Exécutif qui joue son va-tout dans la bataille. La perte de Bastia serait un échec cuisant, autrement plus problématique que la perte d’un député deux ans auparavant. D’autant que Paris a les yeux fixés sur le scrutin bastiais et que devrait également se jouer, à partir d’avril, l’avenir du processus d’autonomie. Gilles Simeoni part néanmoins en pôle position face à six autres candidats dans un scrutin à multiples inconnues. L’essentiel, pour lui, est d’arriver largement en tête au 1er tour et de creuser la distance pour remporter l’élection.
 
Une opposition déterminée
Face à lui, le macroniste Julien Morganti fait figure de principal challenger. Après avoir fait cavalier seul en 2020, il fédère, cette fois-ci, une partie de la droite autour de Sylvain Fanti, de la gauche avec notamment l’ancien candidat, Jean-Sébastien de Casalta, et même les nationalistes du PNC. Le ralliement de ce dernier, qui pèse peu sur Bastia, est surtout symbolique, l’allié originel de Femu a Corsica, devenu ennemi irréductible, teste sa stratégie croisée avec une droite qu’il a longtemps combattue, mais dont il partage l’objectif. Julien Morganti, qui bénéficie d’une certaine dynamique, réussira-t-il cette fois-ci à décrocher la timbale ? Difficile de le dire en l’absence de sondages. Le leader de la droite territoriale, Jean-Martin Mondoloni, allié à Jean Zuccarelli, espère, lui aussi, engranger des points dans sa volonté d’incarner l’alternance au pouvoir en place. L’une des questions-clés de ce scrutin est le score de l’Extrême-droite, notamment de Nicolas Battini, leader de Mossa Palatina, allié au RN et à l’UDR. Son ambition, pour son premier scrutin municipal, est de dépasser les 10% pour imposer une triangulaire et asseoir une crédibilité qui reste à conquérir dans les urnes. Il doit composer avec la liste Reconquête de Jean-Michel Lamberti qui risque bien de grignoter sur ses terres. Pour les deux candidats de gauche, le but pour le communiste Francis Riolacci et le benjamin du scrutin, Sacha Bastelica, soutenu notamment par Ghjuventù di Manca et Eculugia Sulidaria, est de passer le cap des 5% pour pouvoir fusionner avec d’autres listes au 2nd tour.
 
D’une élection à l’autre
La bataille entre la majorité nationaliste et la droite fait rage aussi à Biguglia. Le maire sortant, Jean-Charles Giabiconi, membre de Femu a Corsica, affronte un candidat de droite, le pharmacien Paul Alfonsi, appuyé par l'ancien maire Sauveur Gandolfi-Scheit et Marc-Antoine. Dans ce duel frontal, à côté des forts enjeux locaux, se dessine, là aussi, une autre bataille, celle de faire retomber dans le giron de la droite, la sixième ville de Corse passée en 2020 aux mains des Nationalistes. Ce n’est pas anodin que Jean-Charles Giabiconi, proche de Gilles Simeoni, soit le seul maire des communes du Sud de Bastia à faire face à une liste d’opposition. Autre point chaud en Balagne, à Lisula où la mairesse sortante et conseillère exécutive, Angèle Bastiani, soutenue par Femu a Corsica, est confrontée à deux listes concurrentes, celle de son ancien adjoint indépendantiste passé à l’opposition, Pierre-François Bascoul, et celle de l’ancien président de la ligue corse de rugby, Jean-Simon Savelli, soutenue par la droite. C’est la seule commune où Femu a Corsica et Core in Fronte n’ont pas réussi l’union. Là aussi, si l’enjeu pour la majorité territoriale est important, la dynamique reste néanmoins largement du côté nationaliste. A San Fiurenzu, le match retour de 2020 entre le maire sortant divers droite, Claudy Olmeta, en poste depuis 25 ans, et la candidate de Femu a Corsica, Juliette Ponzevera, s’annonce serré. La candidate nationaliste pourrait bien créer la surprise et faire tomber la citadelle de droite, entrainant dans son sillage, le basculement de l’intercommunalité Nebbiu- Conca d’Oru.
 
Des scrutins tendus
Trois autres scrutins particulièrement tendus pourraient bien réserver quelques surprises. En Plaine orientale, à Aleria, le maire sortant, Jean-Claude Franceschi, en poste depuis 2024 après le retrait d’Ange Fraticelli, fait face à l’opposition déterminée d’un ancien premier adjoint, Dominique Luciani. Un scrutin houleux sur fond de polémiques et de divergences personnelles. A Prunelli-di-Fiumorbu, le maire sortant, le Dr André Rocchi, élu depuis 2019, de sensibilité régionaliste, est, pour la deuxième fois, confronté à son opposant, l’indépendantiste Esteban Saldana. Là aussi, un scrutin très disputé, attisé par des polémiques et par des divergences politiques fortes. A Morosaglia, c’est une guerre ouverte qui oppose le maire sortant, Vincent Cognetti, en lice pour un cinquième mandat, et son opposante, Maria Guidicelli, ancienne conseillère exécutive de Paul Giacobbi en charge notamment de l’élaboration du Padduc, sur fond notamment d’urbanisme et de PLU. Si ces trois élections sont, elles, très fortement concentrées sur les enjeux locaux, leurs résultats, notamment à Morosaglia, ne seront pas sans effet sur les prochaines échéances.
 
N.M.