Installée à Bastia, Nathalie Château-Artaud, musicothérapeute clinicienne et Neuro-Musicothérapeute, a mis au point la méthode Synapsia, une approche innovante dédiée aux personnes avec Troubles du Neurodéveloppement et aux personnes en situation de dépression. Rencontre…
- Un mot sur votre cursus….
- Je suis musicothérapeute de formation et praticienne depuis plus de 25 ans. J'avais commencé un cursus pour devenir enseignante en musique en collège, mais je me suis vite tournée vers la musicothérapie au Centre International de Musicothérapie à Paris, puis un Master 2 à Paris Descartes
- La musicothérapie en quelques mots ?
- La musicothérapie en quelques mots ?
- C’est prendre soin de la personne à travers la musique. Mais ça englobe différentes facettes comme tout ce qui est psychothérapie. On travaille aussi avec des pathologies qui peuvent être plus lourdes, comme les maladies neurologiques ou les troubles du neurodéveloppement, les dépressions en psychiatrie. La musicothérapie existe beaucoup en maisons de retraite et dans le handicap. Je suis intervenue très longtemps dans de multiples établissements et depuis peu j’ai ouvert un cabinet chez moi
- L’idée de cette méthode Synapsia ?
- Elle est venue avec l’avènement des neurosciences et de toutes les études qui ont été faites sur l'effet de la musique sur le cerveau par des docteurs et chercheurs comme Hervé Platel, Emmanuel Lebigan ou encore le professeur Habib. La musique a vraiment des effets très importants sur le cerveau. Je me suis plongée dans ces études-là avec l’envie de mettre en place une méthode qui utilise les différents aspects de la musique : Le rythme, la mélodie, l'harmonie et la voix, pour travailler sur tout ce qui est remédiation cognitive. Mais comme ça joue sur toutes les fonctions exécutives, pas que sur le trouble de l'inhibition, on peut aussi travailler sur les dépressions, parce qu'on s'est rendu compte qu'il y avait des correspondances entre les troubles de déficit de l'attention et de la dépression.
- Le public ciblé ?
- Ça cible les personnes atteintes de TDAH et plus globalement les TND. Je travaille auprès de publics très variés : Enfants en difficulté d’apprentissage, adolescents porteurs de TND, patients en clinique psychiatrique, dont des personnes atteintes de dépression, adultes en entreprise avec gestion du stress, qualité de vie au travail, et personnes âgées en rééducation neurologique. J’ai moi-même deux enfants atteints d'un trouble déficitaire de l'attention avec l'hyperactivité. Ce trouble touche environ 5 % des enfants en France et se traduit par des difficultés à freiner les impulsions, maintenir l’attention et organiser la pensée. C’est de cette pluralité d’expériences qu’est née ma méthode Synapsia, d’abord comme outil clinique, puis comme objet de formalisation intellectuelle.
- Le terme « Synapsia » ?
- C’est la combinaison de sons. Les termes synapse en neurologie, syna, synesthésie, multisensoriel…en fait j’ai cherché un nom qui représente l’intégration par le son qui agit sur le cerveau
- En quoi consiste cette méthode ?
- Synapsia est une forme de musicothérapie multisensorielle structurée, le fruit de plusieurs années de réflexion. Ça a commencé en 2013 avec l’accompagnement d’une personne atteinte d'aphasie. J’ai travaillé en cliniques psychiatriques auprès de personnes porteuses de divers Troubles du Neurodéveloppement, TND, troubles DYS, spectre autistique, dyspraxie, et auprès de patients en souffrance psychique, notamment dépressive. Pour toutes ces situations, les familles et les patients cherchent des alternatives non médicamenteuses, efficaces et accessibles. Ma méthode ne part donc pas d’une théorie abstraite mais de presque vingt-cinq ans d’ateliers, d’observations et d’ajustements au contact de patients de tous âges et de profils très variés. L’idée centrale, c’est que le cerveau apprend à s’inhiber, à dire « stop » à ses propres automatismes quand on lui demande de coordonner simultanément ce qu’il entend, ce qu’il voit, ce qu’il dit et ce qu’il fait avec son corps.
- Une méthode reconnue ?
-;La méthode est déposée, reconnue et soutenue par le professeur Cassini de Neuroschool, un des laboratoires de l'école d’Aix. En fait j’ai fait les choses à l’envers car le principe est de faire une formation, passer son doctorat et après éprouver cliniquement. Moi, j'ai fait l'inverse et aujourd’hui je cherche un directeur de thèse. La musicothérapie étant affiliée aux sciences humaines et sociales, le professeur Cassini qui est neuroscientifique ne peut que co-diriger ou être parrain de ma thèse. Je suis en recherche active d'un directeur de thèse pour que ma méthode puisse être scientifiquement prouvée, quantifiable et qu'on travaille bien là-dessus.
- La mise en pratique ?
- A partir d'outils très simples. J'ai essayé de standardiser la méthode afin de toucher un public le plus large possible, un public qui puisse l'utiliser sans avoir besoin de compétences particulières. La méthode repose sur la sollicitation simultanée de quatre canaux sensoriels lors de chaque exercice : L’ouïe, structure rythmique et mélodique avec le tambour, le xylophone ou voix, la vue avec des supports visuels codés par couleurs et symboles, le corps, par des gestes rythmés, la dissociation main/pieds, percussions corporelles et enfin la voix via des sons codifiés, chant, onomatopées résonantes. Les exercices progressent en complexité, du simple battement de mains jusqu’à l’improvisation musicale collective en quatre groupes, en intégrant progressivement des « biais cognitifs », des tâches conçues pour obliger le cerveau à inhiber une réponse automatique et à en produire une autre, délibérée. J’utilise beaucoup de petites cartes avec des couleurs qui représentent des notes. Il y a des cartes et puis il y a des objets au sol de couleurs correspondantes pour travailler sur les différentes fonctions du cerveau. Quand j'explique aux enfants, je leur dis toujours que le cerveau, c'est comme une maison et qu’il y a plein de pièces. C’est une méthode multisensorielle parce qu'elle utilise tous les sens et multimodale parce qu'elle va être multitâche.
- Combien de séances préconisez-vous ?
- Le minimum, c'est 12 séances. C'est le minimum pour avoir des bénéfices au niveau de la remédiation cognitive, au niveau des fonctions exécutives. Il faut à peu près 15 mois pour qu'il y ait une trace visible au niveau de l'imagerie cérébrale. Mais sur 12 séances, déjà, on commence à avoir des objectifs qui sont très intéressants.
- Des retours ?
- De bons résultats oui. Déjà au niveau des écoles et puis au niveau du public que j'accompagne.
- Un enjeu pour la Corse ?
- La Corse présente des particularités en matière d’accès aux soins spécialisés. Les délais pour consulter un neuropsychologue ou un psychiatre pédiatrique peuvent s’étaler sur plusieurs mois. Dans ce contexte, le développement d’INM, Interventions Non Médicamenteuses, validées et applicables localement représente un enjeu de santé publique concret pour les familles insulaires, qu’elles soient confrontées à un TDAH, à un autre trouble du neurodéveloppement, ou à une détresse psychologique. On s’en aperçoit tous les jours, il y a ici un manque de professionnels. J'ai pu le vivre avec des années d'attente pour avoir des places en CESAD ou en CMPP. Il y a aussi un manque de formation. Je me suis formée à un dispositif qui s'appelle Start, un dispositif tourné vers les troubles du neurodéveloppement pour justement former un maximum de professionnels de différents horizons qui travaillent sur les troubles du neurodéveloppement et pour sensibiliser aussi à cette spécificité qui est encore trop peu connue.
-;Un mot sur votre chaîne Youtube…
- Elle se nomme L'oreille curieuse. C’est le laboratoire grand public de Synapsia: chaque vidéo démontre, à travers une œuvre musicale accessible, les mécanismes que la méthode mobilise en séance clinique. J’y décrypte des œuvres connues, moins connues, inconnues sous trois aspects : L'aspect musicologique, où je parle un petit peu de l'histoire, l'aspect psychoacoustique, où on va voir quel effet la musique a sur notre corps et sur notre cerveau et des exercices inspirés de ma méthode. On y trouve aussi bien du Pink Floyd, que du Bach, du Rap, du métal ou encore Jackie Vinson, une artiste tournée vers le blues. Il n'y a pas un style de musique. C'est vraiment la composante qu'on va extraire d'un morceau qui va pouvoir être utilisé comme outil.
La méthode repose sur la sollicitation simultanée de quatre canaux sensoriels lors de chaque exercice.