Epstein (II) - Le trio "Woody", Las Vegas et la Corse

Rédigé le 11/03/2026
Houssam Kajja

Des e-mails, des correspondances et des documents judiciaires. Les Epstein Files, rendus publics par la justice américaine, continuent de dévoiler les coulisses du téseau du financier Jeffrey Epstein. Au détour de ces archives apparaît aussi un nom inattendu : la Corse. Une présence discrète dans ce dossier tentaculaire sur lequel s'est penché Houssam Kajja, enseignant-chercheur en armée guerre et sécurité, professeur d'Histoire-Géographie, Education Morale et Civique, Lettres à l'Académie de Versailles passé par la Sorbonne.

Dans le document EFTA01767970, Jeffrey Epstein écrit, sur un ton de message rapide, presque complice : “having fun.. I m going to take woody to vegas for the first time in aug „ where are you going to be?” EFTA01767970

Traduction :
« Je m’amuse... Je vais emmener Woody (Woody Allen) à Vegas pour la première fois en août... tu vas être où ? »

Et, dans la réponse, l’interlocuteur annonce : “Looks fun indeed... I'm in Argentina, and will be in Corsica till mid August. Then
Paris, the office
.” EFTA01767970.pdf.

Traduction :
« Ça a l’air fun en effet... Je suis en Argentine, et je serai en Corse jusqu’à mi-août.;Ensuite Paris, le bureau. »

Ce mail, à lui seul, est une scène. Une scène courte, mais qui raconte déjà beaucoup : il y a “Woody”, il y a “Vegas”, et il y a “Corsica”.

Et surtout, il y a un ton. Un ton de gars qui se parlent comme des habitués. On ne parle pas ici d’un rendez-vous mondain. On parle comme on parle entre gens qui ont déjà des codes communs.

L’expression “for the first time” n’est pas neutre : elle marque l’initiation. Il y a un avant et un après. Woody, dans ce message, n’est pas traité comme une icône culturelle. Il est traité comme “le petit nouveau” qu’on va emmener “faire sa première fois”. Et c’est là que l’enquête prend une couleur : Epstein n’est pas seulement celui qui “connaît des gens”. Il est celui qui emmène, qui guide, qui initie. Le mentor, mais le mentor du vice.

La Corse, dans ce même échange, apparaît en parallèle, comme un décor de trajectoire. Pas encore comme un lieu “d’action” prouvé, mais comme un lieu intégré à la vie réelle de l’entourage, au même niveau que “Argentina”, “Paris”, “the office”.
C’est du mouvement, du transit, du carnet d’adresses.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement le contenu : c’est la mécanique.
Epstein, ici, est dans la cooptation. Il fabrique du lien entre hommes “installés”, en les tirant sur un terrain où il domine : l’argent, la fête, l’entre-soi, la transgression. Et quand il écrit “I’m going to take woody to vegas”, il ne décrit pas un voyage : il décrit une prise en main.

Et c’est là que la Corse doit rester dans le cadre de notre dossier : si la Corse est dans les mails, elle n’est pas forcément “le lieu du crime”.

Elle peut être aussi un décor d’image, une carte postale, un trophée symbolique, un fragment de prestige, mais aus une île qu’on cite, qu’on traverse, qu’on utilise dans le récit social. Mais dans tous les cas, elle apparaît dans la même conversation que “Vegas”. Et ça, c’est un signal : le même réseau, les mêmes gars, les mêmes codes, les mêmes trajectoires

Prochain article : La famille Lang,"news", les enfants et le geste du crancier ("bail them out")