Elle donne sa pinède à la paroisse : à Calvi, un projet pour les jeunes voit le jour

Rédigé le 05/02/2026
Jeanne Soury

À Calvi, une habitante a choisi de donner 2,7 hectares de pinède à la paroisse plutôt que de céder son terrain à un projet immobilier. De ce geste rare est née une initiative portée par le Père Louis El Rahi : créer en pleine nature un espace dédié à la jeunesse.

(Photos : Père Louis El Rahi)

On dit souvent que les jeunes sont l’avenir. Pour le Père Louis El Rahi, curé de Calvi, c’est une erreur de perspective. « Je crois que les jeunes sont l’aujourd’hui et c’est maintenant qu’il faut faire quelque chose pour eux », confie-t-il. Avant d’arriver en Balagne, le prêtre exerçait dans la vallée de la Gravona, où il avait déjà lancé des projets dédiés à la jeunesse sur un terrain appartenant au diocèse. « C’était un ancien site de colonies de vacances que nous avons remis en état pour accueillir les jeunes du catéchisme et les scouts venus camper », raconte-t-il.
 
Nommé à Calvi en septembre 2023, il présente quelques mois plus tard sa vision aux paroissiens à travers une lettre distribuée à Noël. Il y décrit son parcours, sa manière de travailler et cette expérience réussie dans la Gravona. Ce courrier va provoquer une rencontre décisive. Une habitante le contacte pour savoir s’il a trouvé un terrain à Calvi afin d’y développer un projet similaire. « Ce que je n’avais pas », sourit le prêtre. « C’est donc autour d’un café qu’elle m’a proposé de donner son terrain à la paroisse. »
 

Des clauses pour éviter la bétonisation
 
Au total, 2,7 hectares de pinède situés dans le quartier de Guazzole, où la pression immobilière est forte. « C’est un terrain magnifique, cette donation est une merveilleuse nouvelle », se réjouit le prêtre. Mais un tel geste ne va pas sans cadre. Dès le départ, des conditions sont posées pour préserver l’esprit du don. « Le but, c’est que ce terrain reste à vocation pastorale, particulièrement pour les jeunes », insiste-t-il.
 
L’acte de donation, signé en mai 2024, prévoit ainsi une clause essentielle : le diocèse ne peut pas vendre l’ensemble du terrain. Sur les 2,7 hectares, seuls 5 000 mètres carrés pourraient éventuellement être cédés. « Le but est qu’il n’y ait pas de bétonisation à outrance, mais que cette vente puisse financer notre projet pour les jeunes », précise le Père Louis El Rahi. Les fonds récoltés doivent obligatoirement être utilisés pour financer le projet sur les 2,2 hectares restants. Pour l’heure toutefois, il n’en est pas question. « Aujourd’hui, je ne veux pas vendre. Je veux commencer à financer ce projet avec les dons des gens », affirme-t-il.
 

« J’imagine une structure amovible en bois »
 
Pour l’instant, le terrain reste à l’état naturel. « Il n’y a pas grand-chose », reconnaît le prêtre. « On a simplement fabriqué un autel, car on célèbre la messe l’été une fois par mois, un rendez-vous qu’on a appelé la “messe sous les pins”. »
 
Mais pour faire vivre le lieu toute l’année, des aménagements deviennent indispensables. Le site ne dispose ni d’eau ni d’électricité, deux éléments essentiels pour accueillir régulièrement des groupes de jeunes. « Mon souhait, à court terme, serait d’avoir une salle avec un point d’eau, de l’électricité, des toilettes et un coin cuisine pour organiser plus d’activités, comme des pique-niques avec les jeunes », détaille le curé. Un projet qu’il pense simple et intégré au paysage : « J’imagine une structure amovible en bois, ou toute autre solution qui puisse être réalisée sans que cela nous coûte un million d’euros. »
 
Une vision sur le long terme

À plus long terme, le prêtre voit encore plus loin. Il imagine la création d’un véritable centre pastoral dédié à la jeunesse : trois salles d’activités, une cuisine, des sanitaires, mais aussi deux studios pour accueillir des prêtres de passage ou un aumônier. « Cela nous permettrait d’avoir un vrai centre pastoral pour les jeunes. Peut-être qu’un jour, on pourra même faire le catéchisme là-bas plutôt qu’en ville, pour utiliser la nature comme moyen d’évangélisation », projette le Père Louis El Rahi.
 
À travers ce futur lieu de vie, il espère offrir aux jeunes bien plus qu’un simple espace d’accueil : un endroit pour se retrouver, apprendre autrement et retisser un lien avec l’environnement. Un espace pensé comme un véritable « lieu d’éducation », résume-t-il.