Langue corse : l’Assemblée acte un « saut qualitatif » de la politique linguistique

Rédigé le 30/01/2026
Manon Perelli

Après avoir été officiellement remis à Gilles Simeoni mercredi, le rapport « Langue corse : notre bien commun. Pour une politique linguistique » a été présenté ce vendredi devant l’Assemblée de Corse. Dressant le constat d’une langue toujours menacée, le document propose une stratégie renouvelée et marque, selon ses auteurs, un « saut qualitatif » dans la planification linguistique de la Collectivité.

C’est « une étape importante » pour la langue corse, selon les mots du président de la commission ad hoc sur la politique linguistique de la Collectivité de Corse. Après avoir officiellement remis le document au président de l’Exécutif mercredi, Romain Colonna a présenté le rapport « Langue corse : notre bien commun. Pour une politique linguistique » devant l’Assemblée de Corse, à l’occasion de la session de ce vendredi.
 
En juin dernier, afin de « doter la Collectivité de Corse d’une vision cohérente, lisible et réaliste, capable de lier le renforcement de notre culture et sa force créatrice et mobilisatrice à la préservation vitale et au développement du patrimoine linguistique », le président de l’Exécutif avait commandé ce rapport de planification linguistique en demandant à ce qu’il soit articulé autour de trois points : « bénéficier d’une proposition générale de planification linguistique, assortie d’une réflexion sur le système éducatif et l’immersif et d’une réflexion sur la langue corse dans le cadre de la future loi organique », rappelle Romain Colonna. Créée spécialement pour mener ces travaux, la commission ad hoc qu’il préside s’est astreinte pendant six mois à mener de nombreuses réunions, auditions et rencontres. Une « méthode de travail innovante et collaborative », largement saluée.
 
« Nous avons essayé de faire un état des lieux, de rencontrer le plus d’acteurs possibles afin d’avoir une vision globale sur ce qui avait été fait jusqu’à présent. Nous avons tenté de relever les manquements, peut-être aussi le manque de lisibilité, afin d’essayer de donner plus de cohérence à l’action publique »,explique Romain Colonna, en soulignant que si ce rapport « n’est ni un début ni une fin », il marque en tous cas « un saut qualitatif au niveau de la planification linguistique et de notre perception que nous pouvons en avoir, en proposant la langue corse comme un service public ».
 
Dans sa première partie, le document relève ainsi que, « malgré le travail fait par les institutions, les élus, les associations, les médias et tant d’autres, la langue corse demeure une langue menacée au sens de la définition de l’Unesco ». Partant de ce constat, les membres de la commission ad hoc estiment de facto indispensable de mettre en œuvre une politique linguistique renouvelée et formulent, dans la seconde partie du rapport, plusieurs préconisations structurantes.
 
« À l’unanimité, la commission propose notamment la création d’une structure où tous les acteurs pourraient discuter et valider ensemble les politiques linguistiques d’envergure, ce que l’on peut qualifier d’office public de la langue corse », dévoile Romain Colonna. « Ce que nous avons constaté, c’est qu’il manquait un lieu fédérateur, un lieu d’échanges. Nous proposons la création de ce lieu de démocratie linguistique qui rassemblera tous ceux qui se battent en faveur de la langue corse. Cet office pourra prendre des décisions, des mesures et faire des propositions en matière de politiques publiques ». En parallèle, la commission ad hoc préconise également un renforcement du pilotage de la direction de la langue corse de la Collectivité de Corse.
 
Au-delà de cette nouvelle gouvernance, le rapport retient sept axes majeurs de politique linguistique afin de donner une cohérence d’ensemble aux actions menées : « avoir accès à la langue et pouvoir l’utiliser ; bilinguisme, plurilinguisme et traduction ; équiper la langue ; accroître les représentations positives à l’égard de la langue ; internationaliser la problématique de la langue corse ; les conventionnements ; contrôler et évaluer la politique de la langue ». La commission ad hoc invite également à approfondir la réflexion sur le système éducatif, et notamment sur la question de l’offre immersive, considérée comme un levier central de transmission et d’acquisition de la langue.
 
Enfin, la commission ad hoc a également tenu à mettre en exergue l’importance d’intégrer la question de la langue dans le cadre de la future loi organique qui devra suivre la révision constitutionnelle. « Il faut avancer sur la question de l’acquisition de la langue, que ce soit dans le cadre scolaire ou en dehors, sur la possibilité de faire usage de la langue corse quelles que soient les situations sociales, sur la transmission », souligne Romain Colonna en appuyant : « Un certain nombre de sujets relèvent à la fois du droit, de la loi organique, des piliers d’une politique linguistique, du renforcement des moyens et d’une structure d’accueil ».Selon lui, « la discussion avec le Parlement doit donc consacrer une part essentielle au statut de la langue ». « Nous disons que nous sommes prêts à développer la langue corse dans tous les secteurs, mais il faut que ce développement et les usages ne soient pas contraints par le droit », ajoute-t-il encore, martelant que « la langue corse est aussi un bien commun et une ressource pour le peuple corse, qui doit être protégée par le droit ».
 
Si le rapport et ses préconisations ont globalement été salués par l’Assemblée, sur les bancs d’Un Soffiu Novu, Jean-Martin Mondoloni s’est notamment dit réservé sur la création d’un office public. « Ce sont des raisonnements datés, qui relèvent d’une époque où en face d’un problème, on pouvait créer un office. Aujourd’hui a-t-on les moyens de créer un office ? On a du mal à entretenir notre propre patrimoine, on a du mal à faire des budgets sans faire de sorties de route, est ce que raisonnablement la création d’un office est à l’ordre du jour ? », a-t-il argué, en disant s’interroger de plus sur le fait de savoir si les offices et agences déjà existants ont fait la preuve de leur efficacité dans le temps. 
 
Au terme d’un débat nourri, preuve de l’intérêt de l’hémicycle pour un sujet touchant directement à l’identité corse, l’Assemblée de Corse a finalement pris acte du rapport.