Le député nationaliste de la 2nde circonscription de Corse du Sud, Paul-André Colombani, présentera-t-il sa proposition de loi sur la création d’un centre hospitalier universitaire (CHU) en Corse, le 8 juin prochain en séance publique à l’Assemblée nationale ? Lors de cette journée qui lui est réservée, le groupe LIOT a déposé une quinzaine de propositions de loi, dont celle du député corse, mais aussi celle sur l’abrogation du recul de l’âge de la retraite à 64 ans qui pourrait bien phagocyter les débats. Pour le député du Sud, ce n’est que reculer pour mieux sauter !

Le 8 juin 2023 sera, à l’Assemblée nationale, un rendez-vous attendu et une date-clé à plus d’un titre. Lors de cette journée de niche parlementaire, l’ordre du jour est réservé au groupe LIOT (Libertés, Indépendants, Outre-Mer et Territoires) - auquel appartient les trois députés nationalistes corses – et qui a, dans cette optique, déposé une quinzaine de propositions de loi susceptibles d’être débattues. L’attente est d’abord nationale puisque c’est ce jour-là que devrait revenir en séance publique la très controversée réforme des retraites et qu’elle pourrait enfin faire l’objet d’un vote. Le 20 avril dernier, le président du groupe Bertrand Pancher a, en effet, déposé une proposition de loi abrogeant le recul de l’âge effectif de départ de 62 à 64 ans et proposant la tenue d’une conférence sociale sur le financement du système de retraite. Il a également déposé deux autres propositions de loi visant, l’une à faciliter le recours au référendum d’initiative partagée (RIP), l’autre à renforcer l’indépendance du Conseil constitutionnel. L’attente est aussi spécifiquement corse puisque le groupe LIOT pourrait mettre en avant la proposition de loi du député nationaliste de la 2nde circonscription de Corse du Sud, Paul-André Colombani, sur la création d’un centre hospitalier universitaire (CHU) en Corse. Cependant, compte tenu du lourd contexte généré par la réforme des retraites et de l’intensité prévue des débats, il y a fort peu de chance que la proposition de loi sur le CHU, comme les 11 autres projets de lois proposés, soit examinée dans le temps imparti.
 
Le temps pour agir
« Le contexte n’est pas favorable » commente Paul-André Colombani. Il tempère immédiatement : « le but n’était pas forcément de mettre la proposition de loi dans la niche parlementaire cette année, mais de laisser le temps au gouvernement d’agir dans les mois qui viennent ». Le député nationaliste se veut pragmatique, l’essentiel est surtout de mettre un coup de pression pour faire bouger des lignes qui patinent, pour l’instant, dans le vide : « La question du CHU en Corse fait consensus. J’aimerais que le gouvernement en prenne la mesure et qu’il engage une discussion sérieuse sur la santé en Corse, avant que l’on ne soit obligé de passer en force par un vote au Parlement. Si le gouvernement n’entend pas raison, on tentera le coup l’année prochaine ». La proposition de loi a déjà été cosignée par plus de 70 députés sur le principe, précise-t-il « qu’il faut un CHU dans toutes les régions de France ». Et c’est au nom de la rupture de ce principe d’égalité sanitaire qu’il plaide pour un CHU corse, l’île étant la seule région française à ne pas en posséder : « La Corse constitue une exception, et la ville d’Ajaccio est le seul chef-lieu de région à ne pas disposer d’un Centre hospitalier régional (CHR) ou d’un Centre hospitalier régional universitaire (CHRU). Créer un CHRU en Corse, c’est corriger une inégalité flagrante d’accès à un droit. C’est aussi garantir à la population l’accès à un bien fondamental : la santé ». Pour lui, cette situation « d’exception sanitaire » constitue également « un frein indéniable à l’attractivité médicale de l’île, qui risque d’aggraver la dégradation de sa démographie médicale ainsi que de la qualité des soins auxquels ont accès les Corses ».
 
Un désert médical
Dans l’exposé des motifs de sa proposition de loi, le Dr Paul-André Colombani, qui est aussi président de l’Observatoire régional de la santé de Corse, pose les problèmes : « la solidarité nationale qui n’a pas joué pendant la crise, les médecins qu’on ne forme pas et qui, donc, ne s’installent pas, puisque 60% des internes exerçant en milieu libéral s’installent là où ils sont formés … », résume-t-il. Le tableau qu’il dresse est inquiétant. La Corse souffre d’un manque manifeste de médecins sur son territoire avec une densité médicale de 258,8 médecins en activité régulière pour 100 000 habitants. Ce qui fait de l’île un désert médical, renforcé par la faiblesse des structures hospitalières. Avec 1949 lits et un ratio de seulement 18 lits de réanimation pour 100 000 habitants, elle est la région de métropole la moins dotée et donc la plus à risque de saturation de ses capacités de soins. « Ce manque de moyens s’est fait fortement ressentir lors de la pandémie accentuant les failles de notre système de santé à l’échelle nationale, mais surtout à l’échelle locale. Cela est d’autant plus problématique que, chaque année, l’île est visitée par plus de 3 millions de personnes sur une période concentrée de mai à septembre. Cette fréquentation touristique est vectrice d’agents pathogènes extérieurs et d’une augmentation du nombre d’accidents de la circulation ou encore liés à la pratique d’activités sportives, aquatiques, etc. Cette situation induit une augmentation conséquente de la demande de soins globale, conduisant à l’encombrement des services de santé », explique le député de l’Extrême-Sud. S’y ajoute l’impact de l’évolution démographique basée, à la fois, sur la croissance de la population par un apport extérieur évalué à plus 12 % en 10 ans et de son vieillissement progressif avec une perspective de 21 000 seniors dépendants à l’horizon 2030.
 
Un enjeu social
« Les conséquences d’une telle situation sont lourdes sur le plan humain, social et financier pour la population trop souvent contrainte de se rendre sur le continent pour bénéficier de soins », rappelle Paul-André Colombani. Près de 30 000 déplacements sont effectués chaque année entre la Corse et le continent : chaque famille est concernée, mais le financement des transports en avion et bateau représente seulement 18 % des frais de transport remboursés par les caisses et 2% pour les mineurs. L’accès à la santé est d’autant plus un enjeu de justice sociale que le taux de pauvreté dans l’île culmine à 16,1 % en Corse-du-Sud et à 20,6 % en Haute-Corse, tandis que celui du renoncement aux soins est particulièrement préoccupant. « L’accès à la santé est déficient en Corse. Au-delà de la réparation d’une situation d’injustice, la légitimité de la création d’un CHRU repose sur le fait que la Corse possède une population pondérée de 600 000 habitants par an. Ce qui est en termes d’échelle la rend éligible à accueillir un CHRU, comparativement aux autres territoires insulaires qui en sont déjà dotés ». Pour le député nationaliste, le CHRU est la seule réponse pertinente, même si la mise en œuvre du projet reste à murir. « L’hôpital de Bastia est obsolète, l’hôpital d’Aiacciu manque d’intérimaires, la maternité de Porto-Vecchio est en danger, la maternité de Bastia a fermé… Le gouvernement doit prendre la mesure de la situation en Corse. Je veux lui donner un an pour le prendre en compte et mettre un projet sur la table ».
 
N.M.