Bustanicu : Une fête électorale à l’usu anticu

Rédigé le 24/07/2026
Mario Grazi

Il y avait foule dimanche soir dans le jardin de la salle des fêtes Antoine Perinetti de Bustanicu. Et pour cause, puisque le maire, Pierre Taddei, et son conseil municipale organisaient la grande fête électorale. Une fête qui est devenue une véritable tradition malgré les restrictions budgétaires de la commune.

Le maire, Pierre Taddei, et son adjointe, Françoise Ruggeri, ont accueilli les convives. (Potos Mario Grazi)

Il y a les liens du destin, il y a les liens du sang, il y a les liens d’attachement, et il y a ceux que l’on se crée. On dit que la plus douce amitié naît doucement de la simple harmonie des caractères et des âmes : En effet, on peut dire qu’il y avait foule et harmonie ce dimanche 19 juillet au soir sur la terrasse ombragée de la salle des fêtes Antoine Perinetti, de Bustanicu. Et pour cause, puisque le maire, Pierre Taddei, fringant sexagénaire à l’indubitable charisme, aidé de son adjointe et des membres du conseil municipal de la commune, conviait à cette fête électorale, le renouvelant dans sa mandature, les habitants du village, amis et connaissances. Une célébration bien ancrée dans l’esprit des sociétés traditionnelles d’hier et jusqu’à aujourd’hui, en Corse. L’anthropologue Claude Levy Strauss pour qui, « la culture est constituée par le principe fondamental de réciprocité et d’échanges », ne nous contredirait pas.


Le ton et l’harmonie de cette « accolta paisana » étaient immédiatement donnés, traversant à la fraîche, l’épais maquis, les châtaigniers, ouvrant sur le petit village de montagne de Bustanicu, ses 65 âmes, perché à 800 mètres d’altitude dont la municipalité, malgré les restrictions budgétaires, avait mis les bouchées doubles pour l’occasion. Sur place, on attendait en plus des administrés, les amis, avec Pierre Taddei, l’hôte de circonstance, tout sourire. Celui-ci participait aux derniers préparatifs du buffet de cette soirée festive placée sous le signe de la joie et de la sérénité avec le groupe « Abbadà », constitué du duo et couple des auteurs, compositeurs, interprètes Middò Muzziotti, et Petru Cerutti, l’enfant du village, à la guitare, déclarant les festivités ouvertes sur un vibrant « Alléluia ». Et oui, puisqu’il s’agissait d’un banquet animé dans le respect des grandes fêtes électorales d’antan, dans la fraîcheur du « Serenu », cette fraîcheur attendue, tombant doucement sur la chaleureuse esplanade blindée de tables blanches, ployant sous les assiettes garnies de produits « nustrali », trinquant avec les différents vins frais et boissons : pour cela l’heureux maire Pierre Taddei avait mis la main à la pâte entre généreuses embrassades, et quelques échanges aussi, avec le député de la 2e circonscription de la Haute-Corse, François-Xavier Ceccoli, ayant fait également le déplacement.


On peut dire qu’au soir de cette célébration, on aura fait ripaille, parmi les assiettes de « salameria », lonzu, coppa, saucisses bien du terroir, prisuttu, fumés à souhait ; vinrent également des « erbate » relevées juste ce qu’il faut pour trinquer encore à l’amitié, suivies des torpilles de tranches de rôtis d’une tendreté gourmande. L’ambiance était à la décontraction, à l’insouciance, sous le sourire entendu du « sgiò merre ». Ce soir-là, on pouvait dire que le buffet organisé par le maire Pierre Taddei et ses colistiers était à lui seul la vitrine de la Corse, avec également son fromage de brebis moelleux, crémeux, cerclé de sa croûte d’or. On pensait en avoir assez, mais comment ne pas résister aux desserts sur les « frappe » et les parts gargantuesques de « torta curtinese ». « Si hè manghjatu à quattru manselle », disait-on dans une ambiance conviviale et familiale, surmontée de guirlandes.


La tradition était préservée sur l’interprétation magistrale de la puissante voix de Petru Cerutti s’attaquant à « U lamentu di Filigone », entre autres, car la variété française faisait aussi partie du riche répertoire. Et tandis que pour les amateurs de foot la finale de la Coupe du Monde entre l’Espagne et l’Argentine était momentanément reléguée au second plan, les convives levèrent leurs verres au discours attendu de leur maire qui, après les traditionnels remerciements, délivra la teneur de son discours à ses électrices et électeurs.
Lors de cette allocution rapide, Pierre Taddei insistait sur la nécessité de « partager ce moment de convivialité ; ce repas est un moment de cohésion sociale qui permet de nous réunir, d’échanger et de fêter la vie ». Bien entendu, il était attendu sur la question de la gestion d’une commune du rural où il mit particulièrement l’accent sur « une gestion rendue plus difficile en raison des dotations en baisse ; cette année, nous avons perdu pas moins de 33 000 euros avec la disparition de la dotation quinquennale. Une perte de dotations qui ne nous permet pas de monter, comme naguère, 8 à 10 dossiers par an : la Région nous ayant restreints à 5 dossiers tous les deux ans, par ordre de priorité. C’est là une aberration pour un village de montagne où tout est prioritaire, eau, assainissement, voirie, entretien du patrimoine bâti, sentiers, etc. De surcroit, dans le règlement des aides il y est spécifié que les subventions ne sont pas automatiques, voire aléatoires, contrairement à la dotation quinquennale que nous étions certains de percevoir. Cela nous permettait d’anticiper sur les travaux à conduire. De fait, face à une administration plus répressive, ce sont toujours les mêmes à en pâtir, comme les entreprises locales, prises à la gorge. A cela s’ajoute le fait que nous n’avons même plus l’aide de la communauté des communes pour des travaux basiques estimés seulement à quelques centaines d’euros qui relèvent de sa compétence. Nous avons néanmoins une raison de positiver, puisque nous venons d’avoir l’assurance que les travaux d’entretien relatifs aux lieux d’accueil touristique au patrimoine bâti, fontaines, abreuvoirs et sentiers seraient engagés ». Et Pierre Taddei de rappeler : « Quant à la réception de ce jour je tiens à préciser qu’elle a été rendu possible sur le budget alloué dans le cadre de la mission réception-événement, à l’image de toutes les communes. Cette fête est un événement incontournable auquel je ne pouvais déroger : c’est culturel et nos administrés n’auraient pas compris de rompre ainsi avec la tradition. Aussi, j’ai mis un point d’honneur à pérenniser cette tradition ». Eviva u nostru merre ! pouvait-on entendre tandis que la maman de Pierre Taddei, touchée, ne cachait sa fierté.
Gilda Emmanuelli et Mario Grazi.