Urbanisme, architecture, environnement : le CAUE de Corse veut renforcer sa présence sur le terrain

Rédigé le 11/07/2025
Christophe Giudicelli

En 2024, le Conseil de l’architecture, de l’urbanisme et de l’environnement de Corse a accompagné plus de 1 000 particuliers et 97 communes. Alors que ses missions restent encore méconnues, l’organisme entend désormais se rendre plus visible, notamment en multipliant les permanences locales et les formations destinées aux élus.

C’est un organisme encore trop méconnu du grand public, bien qu’il accompagne chaque année des centaines de projets de construction, d’aménagement ou de rénovation. Créé par la loi sur l’architecture de 1977, le CAUE de Corse (Conseil de l’architecture, de l’urbanisme et de l’environnement) a pour mission de conseiller gratuitement les particuliers et les collectivités locales sur toute question liée à la construction, à l’environnement bâti ou aux règles d’urbanisme. Ces missions se sont intensifiées au cours de l’année 2024, avec 1 043 rendez-vous de conseil, 123 avis rendus à 97 communes, la participation à deux jurys de concours et l’organisation d’actions de sensibilisation pour 2 400 élèves, selon le bilan récemment dressé par la structure.

Présidé par Jean-Charles Giabicconi, et dirigé par Stéphanie Grimaldi, le CAUE de Corse est désormais composé de 13 salariés : architectes, urbanistes, paysagistes ou ingénieurs, au service d’une mission d’intérêt public. « Nous recevons des particuliers qui souhaitent construire, rénover ou simplement comprendre ce qu’il est possible de faire sur un terrain », explique la directrice. « Cela peut aller de conseils sur les règles d’urbanisme locales à la relecture de plans réalisés par les particuliers eux-mêmes, en passant par des suggestions pour optimiser les surfaces ou bénéficier d’aides. » Ce rôle de conseil technique neutre vise à mieux armer les habitants face à la complexité des démarches, des normes et de la réglementation.

Appui aux petites communes et ingénierie de proximité
Mais l’action du CAUE ne se limite pas aux particuliers. Il intervient aussi régulièrement auprès des communes, en particulier celles de l’intérieur, qui ne disposent pas des mêmes moyens techniques que les grandes agglomérations. Réaménagement de places de village, rénovation du bâti ancien, conseil dans l’élaboration de documents d’urbanisme (comme les PLU) : l’expertise du CAUE se veut un outil d’aide à la décision pour les élus locaux. « En 2024, nous avons accompagné 97 communes. Cela va de l’embellissement d’une placette à des réflexions plus complexes sur la requalification d’espaces publics ou le choix de matériaux adaptés au contexte local », précise Jean-Charles Giabicconi.

Le CAUE tient à rappeler qu’il n’a aucun pouvoir décisionnel. Il n’est ni maître d’œuvre, ni en concurrence avec les architectes ou bureaux d’études privés. Sa vocation est d’apporter un regard technique, indépendant et désintéressé sur les projets, dans une logique de diffusion de la culture architecturale et environnementale.

Devenu entité régionale en 2020, sous l’impulsion de la Collectivité de Corse, le CAUE a d’abord connu une phase de structuration. L’heure est désormais à la consolidation et à l’élargissement de ses actions. Dès la rentrée de septembre 2025, il prévoit la mise en place de permanences dans les intercommunalités, avec la présence d’un architecte-conseil, pour permettre aux habitants d’accéder plus facilement à ses services. « L’objectif est de couvrir l’ensemble du territoire, notamment les zones rurales et les microrégions éloignées des grands centres urbains », explique Stéphanie Grimaldi.

Parallèlement, de nouvelles formations à destination des élus seront proposées à l’automne. Elles porteront sur les thématiques de l’environnement, de la sobriété foncière, des documents d’urbanisme, ou encore de la gestion du patrimoine bâti. L’objectif est double : mieux accompagner les décisions locales et sensibiliser à des pratiques respectueuses de l’identité territoriale.

Sensibiliser à une architecture adaptée au territoire
Parmi les outils déployés par le CAUE figure la publication de carnets de recommandations architecturales, adaptés à chaque microrégion. Ces documents — qui détaillent par exemple l’inclinaison des toits, les matériaux à privilégier, les volumes bâtis ou la couleur des volets — ne sont pas contraignants mais servent de base pour encourager une architecture intégrée dans son environnement. Ils sont souvent utilisés comme repères par les élus ou les maîtres d’ouvrage, notamment dans les zones soumises à une forte pression touristique ou à un mitage urbain rapide

Le CAUE développe aussi des outils pédagogiques : des sentiers du patrimoine permettent de découvrir l’architecture traditionnelle insulaire, et des actions sont menées dans les écoles, pour éveiller les plus jeunes aux enjeux de l’aménagement du territoire.

Enfin, le salon Bat’éco, organisé par le CAUE et prévu en juin 2026 à Biguglia, réunira l’ensemble des acteurs insulaires autour du thème « pierre et bois », avec l’ambition de valoriser les filières locales et d’encourager des choix de matériaux durables. Un enjeu stratégique, à l’heure où la construction représente une part importante de l’empreinte écologique, et où l’adaptation au changement climatique devient un impératif.