Alors que la grève se poursuit à l'ESAT U Licettu depuis le 22 mai, un collectif de salariés non-grévistes de l'ADAPEI 2A prend publiquement la parole. Ils affirment représenter la majorité des effectifs, soutiennent la direction et dénoncent une vision « partielle » du conflit relayée depuis plusieurs semaines.
Après plus de deux semaines de conflit social à l'ADAPEI 2A, une nouvelle voix s'invite dans le débat. Celle des salariés non-grévistes. Jusqu’à présent, l'attention médiatique s'était principalement portée sur les revendications des grévistes réunis autour de la CGT, qui dénoncent des méthodes managériales jugées autoritaires, réclament l'abandon de deux procédures disciplinaires visant des salariés et demandent le départ de la directrice générale.
Mais dans un communiqué de six pages signé par des salariés se présentant comme « majoritairement non grévistes », ces derniers contestent la représentation du mouvement social et affirment que la majorité du personnel ne se reconnaît pas dans les revendications actuellement portées.
« Nous aussi avons une voix »
Les signataires rappellent tout d’abord qu'environ 120 salariés sur les 140 que compte l'association continuent à assurer quotidiennement leurs missions auprès des personnes en situation de handicap. Ils soulignent également que la majorité des travailleurs handicapés accueillis à l'ESAT poursuit son activité au sein des ateliers.
« Nous aussi avons une voix », écrivent-ils, estimant que le débat public ne reflète aujourd'hui qu'une partie de la réalité vécue au sein de l'association.
Une analyse partagée par Alexia Poirier, qui s'exprime au nom de ce collectif de salariés non-grévistes. « Lorsque certains parlent au nom des salariés de l'ADAPEI, ils représentent les grévistes mais pas l'ensemble des professionnels », affirme-t-elle. « Beaucoup d'entre nous ne se reconnaissent pas dans les revendications actuelles et souhaitent simplement continuer à exercer leurs missions dans un climat serein. »
Au cœur de leur prise de parole figure la question de la représentativité. Les salariés non-grévistes s'interrogent publiquement sur l'absence de leur voix dans le débat médiatique et syndical. « Qui porte aujourd'hui la parole des salariés qui ne participent pas au mouvement social ? », interrogent-ils dans leur communiqué.
Le collectif va même plus loin en évoquant les élections du Comité social et économique (CSE) de 2024, estimant que plusieurs salariés auraient renoncé à s'investir dans la représentation du personnel en raison d'un climat de tensions et de pressions.
Face à cette situation, ils proposent qu'une nouvelle consultation des salariés ou un renouvellement de la représentation du personnel puisse être envisagé afin de mieux refléter la diversité des opinions au sein de l'association.
Une lecture différente des procédures disciplinaires
Autre point de divergence majeur : les deux procédures disciplinaires qui ont largement contribué au déclenchement de la grève. Là où les grévistes dénoncent des sanctions disproportionnées et symptomatiques d'un management excessivement centralisé, les non-grévistes appellent à respecter les procédures en cours.
« Les deux parties ont été entendues et les instances compétentes sont saisies. Il faut laisser les procédures suivre leur cours », estime Alexia Poirier, porte-parole des salariés non-grévistes
Le collectif rappelle également les responsabilités importantes qui pèsent sur les cadres du secteur médico-social en matière de sécurité et d'accompagnement des personnes en situation de handicap.
Soutien affirmé à la direction
Contrairement aux grévistes qui réclament le départ de la directrice générale, les salariés non-grévistes affichent leur confiance envers l'équipe de direction.
Ils saluent « la présence quotidienne des directeurs et des équipes d'encadrement sur le terrain », évoquent une direction « à l'écoute » et mettent en avant les investissements, projets et adaptations organisationnelles engagés ces dernières années.
Ils soulignent également les résultats obtenus lors des évaluations réalisées dans le cadre du référentiel de la Haute Autorité de Santé ainsi que l'absence, selon eux, d'anomalies majeures relevées lors des différents contrôles administratifs menés récemment.
Alexia Poirier affirme pour sa part que la directrice générale « a apporté énormément à l'association depuis son arrivée » et rejette les critiques formulées à son encontre.
Les signataires disent surtout vouloir recentrer le débat sur la mission première de l'ADAPEI : l'accompagnement des personnes en situation de handicap. Ils indiquent que plusieurs travailleurs de l'ESAT auraient exprimé leur incompréhension face au conflit et rappellent qu'aucun groupe ne peut prétendre parler en leur nom.
« Notre priorité demeure inchangée : accompagner avec professionnalisme, humanité et bienveillance les personnes qui nous font confiance chaque jour », écrivent-ils en conclusion.
Cette prise de parole intervient alors que le conflit reste dans l'impasse. Mercredi, une réunion entre les représentants du personnel et la direction n'a pas permis de rapprocher les positions. La CGT maintient ses revendications, notamment l'abandon des procédures disciplinaires qu'elle considère comme le symbole d'un management qu'elle juge inadapté.
Les grévistes ont demandé une médiation auprès du préfet de Corse-du-Sud et ont été, ce lundi matin, reçus par l'Agence régionale de santé. De son côté, le conseil d'administration de l'ADAPEI 2A continue d'apporter son soutien à la direction et affirme que les procédures engagées suivent leur cours dans le respect du droit du travail.