Bastia - La tradition de l’office du Ringraziamentu bien vivante

Rédigé le 01/01/2026
Philippe Jammes

La tradition chrétienne de l’office du Ringraziamentu, célébré le 31 décembre pour marquer le passage à la nouvelle année et remercier Dieu pour celle qui s’achève, demeure solidement ancrée en Corse. Elle reste largement suivie, aussi bien dans les villes que dans les villages les plus reculés. À Bastia, comme chaque année, l’église Notre-Dame de Lourdes a rassemblé plusieurs centaines de fidèles. Des pratiquants réguliers, mais aussi des participants plus occasionnels, venus partager ce temps de recueillement et de gratitude à la veille du changement d’année.

Action de grâce pour plusieurs centaines de fidèles mercredi soir à ND de Lourdes à Bastia à l'occasion de l’office du Ringraziamentu.


« J’avoue ne pas venir régulièrement à la messe » avoue Pierre-Antoine, un septuagénaire du centre-ville. « Mais tous les ans j’assiste à cette célébration. C’est l’occasion de réfléchir sur ce que j’ai fait de bien et de mal et de demander à Dieu de faire mieux l’année prochaine ». La démarche est similaire pour Françoise, venue de Mausoleo dans le Cap Corse : « Je viens remercier le Seigneur de toutes les grâces que j’ai reçues cette année et qui me réconfortent dans l’amour de Dieu ». Des « anciens » en nombre mais aussi quelques trentenaires, quadra ou quinquagénaires comme Sylvia venue de Biguglia. « Je suis venue remercier le Seigneur pour ma famille. Je rends grâce pour cette année écoulée, pour les bonnes choses mais aussi pour les mauvaises que Dieu m’a aidée à surmonter. Avec Dieu on peut trouver de bonnes choses dans les mauvaises et prouve que la foi permet de supporter ce qui peut paraitre mauvais »


Eglise comble avec dès l’entame de la messe le Père Georges Nicoli, curé de la paroisse, doyen de Bastia, qui invitent les fidèles à l’action de grâce en se signant à l’eau bénite devant l’autel.
Durant l’homélie, le Padre décortique le symbole de cette célébration, parfois de façon ironique, tantôt avec humour. Bien difficile de choisir des extraits du prêche tant les paroles sont fortes. Les phrases fusent, imagées, touchent avec justesse. « Ce soir, nous rendons grâce à Dieu qui nous a aidé à traverser 2025 et qui nous amène au pied de 2026. C’est un exercice de style, difficile, c'est l'exercice du remerciement, de l'action de grâce, de la relecture. On se retrouve avec un présent et un avenir qui sont de plus en plus incertains, que personne ne maîtrise véritablement, avec une culture, avec une manière de vivre totalement différente, basée sur des réalités plus virtuelles que concrètes, où l'être humain tend à disparaître au profit des robots et d'autres applications quelles qu’elles soient. Et nous les chrétiens nous ne pouvons pas, nous n'avons pas le droit de vivre comme le monde. Nous avons une exigence qui est celle de l'Évangile. Nous, les chrétiens, nous avons un devoir profond et il ne faut pas avoir honte d'être chrétien. Ce soir pour nous, c’est l’occasion de revivre cette année 2025, dans au moins trois dimensions. La première, notre relation avec Dieu. La deuxième, notre relation avec les autres. La troisième, notre relation avec l'Homme ».


Et l’ecclésiastique d’inviter les paroissiens à un petit exercice : «… Ce petit exercice qui va vous servir pour l'année 2026 c’est ce qu'on appelle la prière d'Alliance. La prière d'Alliance, c'est le soir, avant de se coucher de réfléchir à la manière dont on a vécu la journée, avec trois portes d'entrée : Pardon, merci, et s'il te plaît. Pardon pour ce que j’ai mal fait, merci pour les bonnes choses qui me sont arrivées et S’il te plait donne moi la grâce pour demain ».


Le Père Nicoli fera aussi le bilan de sa paroisse : 53 baptêmes, 5 mariages contre 10 l’an passé, 43 enterrements, 93 enfants et ados au catéchisme et 46 adultes qui se préparent au baptême, à la communion ou à la confirmation. Et de conclure : « À l’aube de la nouvelle année, empruntons ce chemin de Dieu avec simplicité et confiance. Demandons la grâce de vivre l’Évangile là où nous sommes : dans nos familles, notre travail, nos fragilités. Que la foi nous tienne debout, que l’espérance nous relève quand tout vacille et que la charité nous rende plus attentifs les uns aux autres: il s’agit d’une véritable force. Demain matin, à 10h30, c’est avec la Bienheureuse Vierge Marie que nous débuterons cette année, main dans la main avec celle que le Christ nous a donné comme Mère ».