La commune de Bonifacio annonce son engagement dans la reprise du Golf de Sperone, aux côtés des copropriétaires du domaine, sans mobilisation de fonds publics. Une initiative pensée pour éviter toute dérive spéculative, garantir la gouvernance locale du site et préserver son caractère d’intérêt général dans un territoire soumis à une forte pression immobilière.
Longtemps considéré comme un fleuron de l’offre touristique bonifacienne, le Golf de Sperone a souffert ces dernières années d’un désengagement progressif de ses précédents gestionnaires. Les tentatives de cession sont restées infructueuses, laissant planer le risque d’un rachat par des groupes internationaux, dans une logique d’investissement spéculatif. « Face à ce danger, la commune a fait le choix d’agir », explique la municipalité, qui dit avoir conduit plusieurs mois de négociations aux côtés des futurs acquéreurs.
Le projet de reprise est porté par un collectif de copropriétaires du domaine, pour la plupart « implantés de longue date », selon la mairie. C’est avec eux qu’un cadre juridique a été défini, garantissant à la commune une présence durable dans les instances de gouvernance du site. Ce dispositif prévoit notamment « des droits d’information et de concertation, ainsi que des droits de préemption et de veto », de manière à « empêcher tout projet spéculatif ou tout changement de contrôle du capital contraire à l’intérêt général ».
Une gouvernance locale renforcée
Inscrit comme infrastructure d’intérêt régional dans le PADDUC, le Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Corse, le Golf de Sperone est perçu par la collectivité locale comme un levier de développement structurant. Il génère des retombées économiques pour la commune et la microrégion, renforce l’attractivité touristique du secteur et accueille régulièrement des scolaires pour l’initiation à la pratique du golf. Le site s’appuie également sur une gestion écologique des ressources en eau, grâce à un système de réutilisation des eaux usées traitées mis en œuvre par la Ville. Dans cette logique, la mairie plaide pour « un projet de rénovation » qui intègre à la fois des équipements d’hébergement, de restauration et d’activités sportives, tout en s’inscrivant dans un aménagement « maîtrisé ».
La démarche s’inscrit dans une stratégie territoriale cohérente, que la majorité municipale revendique depuis plusieurs années. « Après le port de Cavallo, qui deviendra régie municipale en 2026, et après l’interdiction de construction de toute nouvelle résidence secondaire sur le territoire communal, le dossier Sperone illustre la volonté de la commune de reprendre la main sur ses ressources stratégiques », souligne la municipalité.
Au-delà du seul dossier du golf, c’est une méthode que revendique Bonifacio : celle d’une gouvernance locale renforcée, adossée à une vision de long terme, visant à « conjuguer protection des paysages, développement maîtrisé des infrastructures et affirmation du pouvoir communal dans l’équilibre territorial ».
Vers une relance encadrée
Si la reprise du site par les copropriétaires aboutit comme prévu, des investissements seront engagés pour remettre à niveau les installations et conforter l’activité golfique dans un cadre ouvert au public. La Ville précise que les engagements pris par les futurs gestionnaires intègrent l’accueil des Corses, la création d’emplois locaux et la contribution à un tourisme durable, notamment à travers l’étalement de la saison.
En toile de fond, une volonté claire : empêcher que le Golf de Sperone, infrastructure rare et convoitée, ne devienne une enclave spéculative de plus dans une région déjà confrontée à des tensions foncières aiguës. La mairie entend donc préserver un équilibre entre attractivité, protection de l’environnement et accès équitable aux équipements structurants.
Ce nouvel épisode autour de Sperone pourrait bien faire école, en servant de modèle de gestion partenariale et de vigilance publique dans d’autres secteurs stratégiques du littoral corse.