Livres - « Testa mora – Les rivages du destin » de Gilles Antonioli

Rédigé le 19/07/2025
Philippe Jammes

Ce premier roman de l’Ajaccien Gilles Antonioli, édité par Johanna de Beaumont (Éditions Artilleur / Toucan), nous plonge dans la Corse médiévale du XIVe siècle. Mélange de « Game of Thrones » et du « Nom de la rose », il est construit sur des faits historiques vérifiés. Rencontre avec l’auteur.

« Testa mora – Les rivages du destin » 1er roman de Gilles Antonioli.


Un mot sur vos racines corses ?
Je suis Ajaccien, même si mes racines plongent dans l’Alta Rocca, à Tirolu plus précisément. J’ai toujours vécu à Ajaccio jusqu’à ce que je décide, il y a quelques années, de quitter mon poste de chef du service marketing chez Air Corsica pour poursuivre ma carrière à Bruxelles. J’y vis désormais, me partageant entre la Belgique et la Corse.


Comment êtes-vous venu à l’écriture ?
J’écris depuis toujours, mais jusque-là, c’était surtout pour moi. Ce qui me passionne, c’est la création, donner vie aux histoires qui me traversent l’esprit. Testa Mora est le premier roman que je mène à terme et que je décide de partager.


L’idée de ce roman ?
Il y a une dizaine d’années, je suis tombé sur un ouvrage évoquant la vie de Giudice da Cinarca. Ce récit m’a captivé. J’ai alors pris conscience à quel point je connaissais mal la Corse médiévale : sa richesse, sa complexité, et cette familiarité troublante avec tant de repères de mon quotidien. C’était notre histoire, et j’avais le sentiment d’en découvrir une part oubliée de mon identité, à la fois épique et fondatrice.
Devenu père à cette époque, j’ai aussi ressenti un besoin nouveau : celui de transmettre. Héritier d’une histoire, d’une éducation, de valeurs, je voulais rendre hommage à ce legs. Ce livre est né de cette volonté. À travers lui, j’espère éveiller la curiosité de lecteurs qui, à leur tour, auront envie d’en apprendre davantage sur ce patrimoine si précieux.


Le synopsis ?
J’ai choisi d’imaginer, avec la liberté propre au roman, comment la Testa Mora aurait pu arriver en Corse. Pour que l’histoire prenne tout son sens, il m’a fallu replacer l’île dans le contexte méditerranéen du XIVe siècle : Aragon, Pise, Gênes, Sardaigne, la papauté d’Avignon...
Le récit s’ouvre à Avignon, en 1317, sur une tentative d’assassinat du pape, dans une époque où la peur du démon se propageait via les grimoires orientaux, et où les intrigues politiques foisonnaient.
La Corse, elle, attise toutes les convoitises. Deux trames s’entrelacent : celle des frères Cortinchi, qui défendent leur château de Patrimonio face à un seigneur assoiffé de vendetta, et celle de Ferrer, un religieux catalan fraîchement arrivé à la curie, qui se retrouve pris dans des intrigues obscures. Une jeune prostituée, qui l’amènera à remettre en question ses certitudes, deviendra son guide dans ce tumulte.


Comment avez-vous mené vos recherches ?
Même si j’ai pris quelques libertés romanesques, j’ai voulu rester fidèle à l’Histoire et à ses contextes. J’ai donc constitué au fil des années une bibliographie impressionnante. Le chroniqueur Giovanni Della Grossa a été mon point de départ, puis les travaux de Philippe Colombani, Jean-André Cancellieri, Vannina Marchi Van Cauwelaert, Damien Broc, Pierre-François di Cara ont enrichi la reconstitution de la Corse médiévale.
Pour les autres régions, les recherches de Stéphane Péquignot sur Jacques II d’Aragon ou celles d’Arturo Ferretto sur Branca Doria m’ont été très utiles. Je me suis aussi appuyé sur des sources précises pour les descriptions : vêtements, urbanisme, architecture, événements... Une thèse passionnante présentée en 2022 à l’Université McGill, portant sur les grimoires liés à l’attentat d’Avignon, m’a notamment beaucoup inspiré.


Ce roman aura-t-il une suite ?
Oui ! Testa Mora est le premier tome d’une saga qui devrait en compter quatre ou cinq. Je l’ai écrit comme une série télé : chapitres courts, rythme soutenu, scènes visuelles, suspense constant. L’histoire s’étendra sur plusieurs générations.
Le deuxième tome, actuellement en cours d’écriture, s’attardera davantage sur les seigneurs du Sud, de la Cinarca à l’Alta Rocca, en se concentrant notamment sur les quatre fils bâtards de Giudice, personnages majeurs dans le destin de l’île. J’envisage aussi d’explorer la période fascinante de l’émergence puis de la persécution des Ghjuvannali. Mais pour l’heure, j’espère que ces premières aventures captiveront autant les lecteurs qu’elles m’ont passionné à écrire.


Dédicaces :
Bastia – ce 19 juillet à 17h30, Librairie Alma
Ajaccio – le 21 juillet de 15h à 18 heures, Cultura Atrium
Porto-Vecchio – le 24 juillet à 17 heures, Librairie Le Verbe du Soleil